Une chaise née pour un ami
L’histoire commence avec Charles et Ray Eames, un couple de designers américains qui s’est rencontré à la Cranbrook Academy of Art dans le Michigan à la fin des années 1930. Lui était architecte de formation, elle venait de la peinture. Ensemble, ils ont fondé l’Eames Office à Los Angeles et produit plus de 130 créations de mobilier.
Le point de départ technique du Lounge Chair remonte à la Seconde Guerre mondiale : les Eames avaient été chargés de développer des attelles de jambe en contreplaqué moulé pour la marine américaine. Cette technique — de fines feuilles de bois superposées et pressées à chaud dans un moule — deviendra des années plus tard la base de la construction du fauteuil. Le récit complet de cette genèse, du contexte de guerre jusqu’au lancement télévisé de 1956, est retracé en détail dans le dossier Histoire et origines de furniturewiki.org.
L’anecdote la plus connue concerne le réalisateur Billy Wilder, ami proche du couple. Charles avait remarqué que Wilder improvisait sans cesse des coins pour s’allonger entre deux prises sur ses tournages. Le fauteuil devait avoir, selon les mots mêmes de Charles Eames, « l’aspect chaud et accueillant d’un gant de baseball bien utilisé ». Le tout premier exemplaire sorti des chaînes de Herman Miller a d’ailleurs été offert à Wilder.
Présenté en 1956 à la télévision américaine sur l’émission Home de NBC, le fauteuil a immédiatement suscité l’enthousiasme. Herman Miller le produit toujours pour l’Amérique du Nord, et Vitra, sous licence depuis 1957, pour l’Europe et le Moyen-Orient. Ce sont, à ce jour, les deux seuls fabricants autorisés.
Une notoriété qui a créé un marché parallèle
C’est justement cette notoriété qui explique l’ampleur du marché de la réplique. Un fauteuil aussi reconnaissable, aussi photographié, devient mécaniquement une cible pour les fabricants de copies non autorisées. On trouve aujourd’hui des « Eames-style » à tous les prix, de 300 à plus de 2 000 dollars, quand l’original authentique se négocie entre 5 000 et 9 000 dollars.
Le problème, c’est que la plupart des acheteurs n’ont aucun moyen simple de distinguer une copie soignée d’un modèle authentique — ni de savoir ce qu’ils perdent réellement en optant pour une réplique moins chère : qualité du cuir, nombre de plis du contreplaqué, précision de la base en aluminium, ou encore la fameuse suspension par plots en caoutchouc, quasiment invisible mais déterminante pour le confort dans la durée.
Pour qui s’intéresse à l’histoire de ce fauteuil et souhaite comprendre ce qui sépare un exemplaire d’origine d’une imitation, le guide consacré aux répliques et alternatives du Eames Lounge Chair sur furniturewiki.org détaille les différents paliers de qualité du marché de la réplique, avec des critères concrets pour évaluer un modèle avant achat.
Un design toujours d’actualité
Soixante-dix ans après son lancement, le Lounge Chair reste une référence absolue du design du XXe siècle — au point que même ses copies les plus modestes cherchent encore à en capturer la silhouette. C’est sans doute la meilleure preuve que Charles et Ray Eames avaient trouvé, dès 1956, une forme qui ne vieillirait pas.

